Notre école

L’usure du temps éroderait-elle les mots au risque de nous en faire oublier le sens ? Ou les souvenirs d’enfance viendraient-ils empêcher notre tâche ? Une école serait-elle le lieu d’un apprentissage aux rails bien tracés, aux bons maîtres, ou à ceux qui sont sévères – on dira exigeants – car il serait question de faire entrer la matière dans les petites caboches ?

La dérive des mots signe souvent d’autres dérives. La skholè grecque marquait le temps d’arrêt, sa racine indo-européenne renvoie notamment à l’idée de non soumission.

Skholè irriguera de nombreuses langues : l’anglais et le néerlandais (school), l’allemand (schule), le wallon (sicoll, sukall) le provençal (escola), l’espagnol (escuela), l’italien (scuola)… Et toutes ces tonalités viennent se perdre dans « scolaire » devenu contre-sens dans son usage courant. Il faut croire qu’elle est bien dangereuse, ou difficile, cette non soumission.

Un temps d’arrêt donc.

Si les anciens idéalisaient un temps qui ne serait que philosophie ou contemplation, nous avons pu, depuis lors, penser l’indispensable mouvement qui va de la pensée à l’action et vice versa.

Car certes, il s’agit de poursuivre les travaux des champs – accueillir nos patients, mener les affaires – animer nos institutions, aller à la guerre – se préoccuper de lois sur la psychothérapie… Mais cette vie active n’est qu’agitation si elle ne s’accompagne pas d’un temps d’arrêt.

Un temps qui a besoin d’un lieu.

Ce lieu de pensée ne peut avoir d’autre forme que celui d’un collectif, d’un espace de bienveillance et de convivialité où penser ensemble prend la couleur de la joie.

Notre école, à réinventer sans cesse. Ensemble.

Ce message est également disponible en : Néerlandais

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