Albert Ciccone – Fondements de la position clinique

Précédé de la présentation de Philippe Goossens et suivi des questions de Catherine Petit et Fons Van Coillie

(Exposés pour le 50ième anniversaire de L’École belge de psychanalyse – Mai 2015)

Psychanalyse et psychothérapie, beaucoup de nuances de gris
Introduction par Philippe Goossens

Nous entamons le deuxième volet des 4 demi-journées du colloque, volet préparé par un groupe de douze personnes de l’Ecole dans une sorte de voyage où nous avons, comme disait Rabelais, « roulé et frotté nos cervelles ».

Les 4 perspectives choisies pour ces journées mettent au travail les rapports de la psychanalyse avec d’autres champs.

Chaque fois la question peut être posée comme un rapport externe :

– entre la théorisation psychanalytique et les sciences, les neurosciences notamment ;

– entre la pratique de la psychanalyse et le ou la politique (de santé mentale par exemple) ;

– entre théorisation et pratique analytiques et les références artistiques (littéraires, picturales, cinématographiques…) qui peuvent les inspirer et leur donner du matériau ;

– entre la psychanalyse et les diverses psychothérapies.

Mais la question peut aussi être prise dans un rapport interne :

– en quoi la psychanalyse est-elle elle-même une science ?

– quelle est la dimension politique de la théorisation, de la pratique et de l’éthique psychanalytiques ?

– comment la cure psychanalytique peut-elle être un art (de guérir) dans la créativité ? Ceci bien entendu implique un renversement de la vision médicale : c’est l’analysant qui guérit, à sa façon et à son rythme ; et il y a lieu aussi de préciser ce qu’il en est de la guérison psychanalytique, venant « de surcroît ».

Pour notre thématique « psychanalyse et psychothérapie » nous ne prendrons pas les choses par leur rapport externe, la psychanalyse face aux psychothérapies, cette manière de poser la question menant à des oppositions imaginaires et à des réactions identitaires…

Pour Freud la psychanalyse comme projet était à la fois science et méthode de psychothérapie.

Aujourd’hui, d’un point de vue anthropologique la pratique psychanalytique apparaît comme une méthode psychothérapeutique parmi d’autres. Cependant quelle est sa spécificité ? Elle se différencie, je pense, par sa méthode, sa théorisation qui, de plus, déborde le champ clinique et par son éthique, non pas une éthique du bien et de la norme, mais une éthique du désir et de la Loi.

Ceci dit, quel rapport interne peut-on articuler entre psychanalyse et psychothérapie ? Pour cette question, je trouve éclairante la position de Laplanche qui différencie dans toute cure psychanalytique qui s’effectue une face de déliaison, spécifiquement analytique, et une face de reliaison, psychothérapeutique. La dimension analytique, c’est l’invention freudienne de l’acte analytique : dans une situation de dissymétrie, de neutralité bienveillante et de « refus » par l’analyste d’une position de maîtrise et de savoir sur l’analysant se met en œuvre la méthode de la libre association et de l’interprétation déliante. La dimension psychothérapique, c’est le mouvement de synthèse nécessairement effectué par l’analysant. N’est-ce pas cette part active de l’analysant qu’indique Freud par le concept de perlaboration ?

Poursuivons ces questionnements en parcourant notre thématique de cet après-midi.

Tout d’abord par la conférence d’Albert Ciccone, intitulée « Fondements de la clinique » : il reprendra ces questions, et bien d’autres, qu’il développera pour nous.

Ensuite, par la discussion lancée par Catherine Petit et Fons van Coillie.

Puis il y aura quatre interventions qui témoigneront de pratiques cliniques orientées par la psychanalyse, se déployant dans d’autres cadres que la cure-type. Il s’agira de méthodes, de techniques et de settings nés hors de la cure-type ou même hors du champ de la psychanalyse qui, cependant, peuvent être revisités et réorientés par elle, et considérés comme d’autres formes de situations psychanalytiques.

Jan Cambien présentera davantage ces intervenants, et modérera la discussion qui suivra.

Je vous présente maintenant notre orateur, Albert Ciccone, que certains d’entre nous sont allés rencontrer à Lyon.

Vous êtes psychologue, psychanalyste, professeur de psychopathologie et de psychologie clinique à l’université Lumière Lyon 2. Vous êtes membre du Séminaire Interuniversitaire sur la clinique du Handicap.

Vous avez publié plusieurs livres, dont certains avec d’autres auteurs, chez Dunod, dans la collection « Psychismes » dirigée par Anzieu. Je les cite :

L’observation clinique. Naissance à la vie psychique. Psychanalyse du lien tyrannique.

La transmission psychique inconsciente. Le bébé et le temps. Honte, culpabilité et traumatisme. La part bébé du soi. La psychanalyse à l’épreuve du bébé. La violence dans le soin. Et d’autres encore.

C’est dire que vous vous êtes intéressé à de très nombreuses questions cliniques et théoriques en vous référant notamment – mais ceci est loin d’être exclusif – à Winnicott, Bion, Meltzer, Resnik, Anzieu, Roussillon…

Je ne puis ici davantage évoquer vos nombreux ouvrages, mais je m’arrêterai un instant sur l’un d’eux, La psychanalyse à l’épreuve du bébé, car son sous-titre, Fondements de la position clinique, est aussi le titre que vous avez choisi pour votre conférence d’aujourd’hui.

Dans cet ouvrage, vous soulignez combien la méthode d’observation du bébé, notamment selon Esther Bick, est non seulement riche d’enseignements quant au développement du bébé et quant à la naissance à la vie psychique, mais aussi pour construire des modèles de soin psychique, et enfin pour la formation psychanalytique des praticiens et pour élaborer les fondements d’une position clinique.

Je vous passe à présent la parole.

Albert Ciccone – Fondements de la position clinique

Je vais discuter des rapports entre psychanalyse et psychothérapie, puis j’évoquerai quelques fondements du travail psychanalytique, quel qu’en soit le dispositif.

Habituellement, dans les représentations communes, la psychothérapie désigne une activité peu noble au regard de la psychanalyse. Soit la psychothérapie n’a rien à voir avec la psychanalyse (d’autant plus si elle ne prend pas en compte voire ne reconnaît pas l’inconscient), soit elle est « psychanalytique » ou « psychodynamique » ou « d’influence psychanalytique », selon les terminologies locales, et elle est alors tout au mieux une psychanalyse au rabais, une « sous-psychanalyse », la psychanalyse occupant, elle, une position hiérarchique supérieure, garante de la pureté de l’« or » qu’elle contient et qui la compose.

Les substantifs « psychothérapie » et « psychanalyse » ne sont pas comparables, car ils désignent des réalités d’ordre différent. Le terme « psychothérapie » est vague, il signifie simplement « soin du psychisme », ou « soin par le psychisme ». Il ne dit rien de la nature de ce soin. Il faut ajouter un adjectif pour savoir de quoi il est question. « Psychothérapie psychanalytique » est précis : il s’agit du soin psychique par la psychanalyse. En ce sens, et c’est l’idée que je défendrai, la psychanalyse en tant que traitement et la psychothérapie psychanalytique désignent strictement la même chose.

Mais « psychanalyse » est un terme qui recouvre d’autres dimensions. On sait que dans la définition qu’en donne Freud en 1923, la psychanalyse est d’abord une méthode de recherche pour investiguer, comprendre, se représenter les processus psychiques. Elle est ensuite une méthode de traitement des troubles psychiques (névrotiques) : c’est cela la « psychothérapie psychanalytique ». Elle est enfin un ensemble cohérent de savoirs et d’énoncés constituant une discipline scientifique et tentant de rendre compte du fonctionnement psychique et de la réalité psychique. C’est sur ce fondement épistémique que s’appuie la psychanalyse en tant que traitement ou la psychothérapie psychanalytique, fondement épistémique qui justifie la méthode et le dispositif mis en œuvre pour réaliser ce traitement.

Par ailleurs, la psychanalyse en tant que méthode de recherche tout comme la psychanalyse en tant que traitement – et dans une certaine mesure aussi la psychanalyse en tant que corpus théorique – est un concept et non pas une réalité, diraient certains philosophes. Et ce concept recouvre des réalités bien différentes, même si toutes s’en réclament. Toutes les mères se disent « mère », et tous les pères se disent « père », et pourtant un monde ou un univers séparent certaines pratiques de la maternité ou de la paternité. Et il en est de même pour la psychanalyse, concept qui délimite ou tente de délimiter des pratiques parfois divergentes, se référant elles-mêmes à des théories parfois contradictoires.

Et cela, même si le terme de psychanalyse est souvent réservé à ce qu’on appelle la « cure-type », notion censée être consensuelle. Mais l’accord consensuel concernant la cure-type ne porte en réalité que sur le dispositif spatio-temporel, c’est-à-dire sur pas grand-chose : un psychanalyste et un patient (adulte, évidemment), l’un assis l’autre allongé, les deux se rencontrant à un rythme soutenu et régulier pendant un temps long.

Si l’on explore ensuite les aspects « techniques » de la cure-type, il est à peu près certain que le consensus apparent ne peut que s’effriter : comment intervient le psychanalyste ? Qu’est-ce qu’une interprétation de transfert ? Comment traite-t-on le contre-transfert ? Quelles sont les indications ? Quand une cure est-elle terminée ? etc., autant de questions dont les réponses échapperont au consensus.

La psychanalyse est-elle une psychothérapie ?

« La psychanalyse n’est pas une psychothérapie », voilà un énoncé à déconstruire.

La guérison

Un premier argument invoqué pour soutenir un tel énoncé concerne la question de la guérison.

Certes la cure-type n’est pas une psychothérapie au sens où elle n’a pas une visée curative sur le modèle de la médecine qui vise la guérison du corps – essentiellement, car ce n’est pas toujours son but, la médecine ne fait bien souvent qu’améliorer l’état du patient. Mais une « cure » n’est-ce pas la même chose qu’une « thérapie » ? Et que serait un psychanalyste qui ne s’intéresserait pas au mieux-être de son patient ?

Certes Freud a pu dire que la guérison se donnait pour ainsi dire « comme bénéfice annexe » (1923). Mais ce qu’il voulait dire c’est que l’élimination des symptômes n’est pas recherchée comme but immédiat et doit passer par tout un processus long, complexe, douloureux, d’analyse du transfert et des résistances qui, s’il est conduit à terme, peut garantir une guérison bien plus efficace. La guérison ne peut ainsi pas se prévoir, ne peut pas se prescrire.

Freud n’a jamais écarté ni renoncé à l’idée de la guérison. Il considérait la psychanalyse comme la méthode la plus capable d’atténuer les souffrances ; le projet de guérison est régulièrement évoqué.

Pour Freud la psychanalyse, en tant qu’entreprise de soin, est bien une psychothérapie. D’ailleurs, dans tous ses textes « techniques », mais pas seulement, il emploie indifféremment les termes « psychanalyse », « traitement psychanalytique », « cure psychanalytique », « thérapie psychanalytique », « psychothérapie analytique ».

Freud ne distinguait pas psychanalyse et psychothérapie, mais psychanalyse et suggestion. La psychanalyse est née, en 1896, lorsque Freud renonce aux techniques suggestives, cathartiques, hypnotiques et qu’il laisse parler les patients.

Suggestion, influence

La ligne de partage, entre ce qui est psychanalytique et ce qui ne l’est pas, concerne l’attitude de suggestion, l’effet d’influence que recherche ou pas le thérapeute.

Néanmoins, peut-on soutenir l’idée que la psychanalyse n’est que position idéale d’écoute, de non-influence, et que les psychothérapies non psychanalytiques ne sont que suggestions, influences néfastes ou au mieux inutiles ? Autrement dit, seule la psychanalyse échapperait-elle au risque d’endoctrinement ?

Certes non. Décider d’écarter la suggestion ne suffit pas à l’éviter. Mais il y a une différence entre une technique qui choisit délibérément la suggestion et une technique qui décide de l’écarter et d’être vigilant aux effets potentiels de suggestion, afin que le soin ne se transforme pas en entreprise de persuasion.

Rappelons que Freud lui-même, alors qu’il énonce la distinction entre psychanalyse et suggestion, montre en même temps à quel point il n’en a pas fini avec cette dernière. On retrouve chez le Freud nouveau psychanalyste des traces de l’autoritarisme thérapeutique du Freud des Études, qui pratiquait la suggestion hypnotique puis un mélange d’hypnose de Bernheim et de méthode cathartique de Breuer dans une logique de forçage à dévoiler les souvenirs traumatiques, à extorquer des informations sur l’histoire des symptômes, etc., même s’il reconnut très tôt que c’est en fin de compte le malade qui guide le traitement et qu’une relation thérapeutique basée sur la soumission du patient au thérapeute est inefficace (1895), ce qui ne l’empêchait pas d’avoir du mal à renoncer à son attitude interventionniste et directive et à laisser parler les patients. Avec « Dora », travail clinique qui poursuit les Études, Freud abandonne la méthode de la pression d’une main sur le front pour forcer les associations, au profit d’une méthode de soi-disant « association libre ». Il renonce en fait à la directivité pour essayer d’écouter et de suivre le patient. On remarque toutefois son forçage interprétatif. Il explique, cherche à convaincre. Et même dans « L’homme aux rats », texte qui inaugure la véritable méthode de l’association libre, le patient choisissant librement ce qu’il souhaite évoquer, sans prescription, on voit au travail un Freud qui explique, expose la théorie, cherche à prouver, à convaincre. Il écrit bien dans une note de bas de page qu’il ne cherche pas à convaincre le patient, mais trois pages plus loin, il promet à l’homme aux rats qu’il lui prouvera le bien-fondé de ce qu’il lui dit.

Certes il est facile de critiquer la maladresse d’une entreprise naissante et forcément non encore ajustée. Le problème, c’est qu’on retrouve les mêmes défauts dans les derniers textes de Freud. Si on relit le chapitre 6 de l’Abrégé, dernier écrit de Freud à la fin de sa vie, on est saisi d’étonnement devant l’autoritarisme dont il fait encore preuve. Les termes sont toujours guerriers, le forçage est toujours là. « Tout se passe comme dans certaines guerres civiles », un « pacte est conclu » entre le médecin analyste et le « moi affaibli » du malade pour « faire ligue contre les ennemis ». Le « moi malade » du patient « promet une franchise totale » au psychanalyste. Le « savoir » du psychanalyste « compense [l’] ignorance » du malade. L’analyste « impose » au malade « d’obéir à la règle fondamentale analytique qui doit désormais régir son comportement » à l’égard de l’analyste. Le patient est « obligé » de révéler tout ce qui lui vient à l’esprit, d’obéir à ces « injonctions ». L’analyste peut « légitimement se servir » d’un degré d’« influence » car « certains névrosés sont demeurés à tel point infantiles qu’ils ne peuvent, même dans l’analyse, être traités que comme des enfants ». L’analyste doit « arracher chaque fois le patient » à ses illusions. Il doit le mettre « en garde » contre des sentiments amoureux ou hostiles à son égard excessifs. L’idéal est « que le patient se comporte aussi normalement que possible en dehors du traitement et qu’il ne manifeste de réactions anormales que dans le transfert » (comme si cela pouvait se prescrire !). L’analyste ne doit pas « [jeter] à la tête » du patient ses interprétations mais prendre toutes les précautions pour que le patient « confirme immédiatement [sa] construction » : ainsi le « savoir » du psychanalyste « est devenu le sien ». Le psychanalyste se fait « transférer l’autorité du surmoi » du patient ; il « [remet] de l’ordre dans le moi » du patient ; il devient » une autorité et un substitut de ses parents, un maître et un éducateur ».

Patient et analyste mènent une « lutte », un « combat », une « bataille », et la « victoire n’est pas certaine… »

Bref, en quoi un tel travail serait « psychanalytique » et non « psychothérapique » ? N’est-on pas là proche d’une logique d’endoctrinement ?

Certes il convient, là aussi, de contextualiser et relativiser ces propos. Nous sommes en période de tension extrême, de persécution, de guerre imminente, Freud est à la fin de sa vie, atteint d’un cancer terrible, la mort est proche.

De nombreux auteurs ont depuis toujours souligné ces dérives potentielles dans le travail quotidien du psychanalyste. Winnicott, par exemple, écrivait que « l’interprétation donnée quand le matériel n’est pas mûr, c’est de l’endoctrinement qui engendre la soumission » (1971). Donald Meltzer soulignait que la « soumission » est un état transférentiel inévitable en début de traitement mais si elle se poursuit, elle nourrit une « mégalomanie insidieuse » chez l’analyste, génère « zèle thérapeutique » et a un effet d’analyse interminable (1967). Herbert Rosenfeld reliait la tendance des analystes à adopter des « rôles directifs » et à promouvoir des « expériences thérapeutiques correctives » à leur désir narcissique d’avoir un patient gratifiant (1987). Bion mettait en garde contre les désirs mais aussi les théories de l’analyste : ils sont des obstacles, empêchent d’écouter les patients (1983). Pour ne citer qu’eux.

Si la psychanalyse en tant qu’idéal suppose de laisser parler les patients et de se retenir de toute influence, ce serait illusoire de croire que dans la réalité du travail clinique les choses se passent ainsi. Écoutons comment Bion, par exemple, répond à une question concernant ce point dans sa façon concrète de travailler :

« J’aurais aimé pouvoir dire que je n’oriente pas les patients, mais ce n’est pas vrai. Un analyste commet une grande erreur en imaginant le contraire. Théoriquement, vous laissez aux patients suffisamment d’espace pour qu’ils racontent tout ce qu’ils veulent. Or, à vrai dire, votre simple présence déforme l’essentiel de la situation. Ils n’ont qu’à vous jeter un coup d’œil pour décider s’ils sont prêts à vous parler, ou s’ils ne le feront jamais, quelles que soient les circonstances » (1978).

Par ailleurs, des aménagements sont toujours nécessaires, même dans la psychanalyse la plus pure et la plus stricte. Donald Meltzer, par exemple, qui était très rigoureux quant aux conditions de la pratique psychanalytique, considérait qu’un aménagement souple était indispensable au début du traitement et particulièrement avec les enfants, et préconisait une élaboration graduelle de ces aménagements, de façon à libérer le processus des aspects rigides qui apparaissent toujours aux yeux des patients comme arbitraires et foncièrement hostiles (1967).

On ne peut donc pas différencier psychothérapie et psychanalyse en fonction du degré d’influence utilisé par le thérapeute. La cure ou psychothérapie psychanalytique confronte à la nécessité de toujours observer l’effet que l’on fait au patient et repérer si l’on accompagne son propre processus d’appropriation de son expérience ou bien si l’on agit sur lui et si donc on empêche ce processus.

Le setting, la technique

La ligne de démarcation entre psychanalyse et psychothérapie (éventuellement psychanalytique) passe pour certains par les aspects formels de setting et de technique. La psychanalyse concernerait obligatoirement et seulement un travail sur le divan, à quatre séances par semaine (ou à la limite trois selon les sensibilités locales) et/ou un travail exclusif d’analyse du transfert.

Le risque dans une telle conception est de réduire la psychanalyse à une technique, à une praxis. Il suffirait de « faire » le psychanalyste pour « être » psychanalyste. Le travail psychanalytique ne peut se réduire aux – et se confondre avec – les conditions de sa mise en œuvre, et notamment la situation concrète qui en assure son déploiement. Ce n’est qu’après coup, comme le souligne Roland Gori (2008), qu’on peut en constater les effets et en délimiter la portée.

J’évoquais les nécessaires aménagements, en début de traitement notamment mais cela est valable pour toute situation analytique. Que serait une psychanalyse qui ne s’ajusterait pas aux problématiques des patients ? La « psychothérapie psychanalytique » n’est rien d’autre qu’une manière de nommer le fait que la psychanalyse doit s’ajuster aux patients, à leur problématique telle qu’elle se manifeste dans la rencontre clinique. « C’est un acte authentiquement analytique d’en tenir compte. […] Ce serait une nouvelle violence que d’essayer à tout prix [de] conformer nos patients [à un protocole], et donc anti-analytique », précise Roland Gori (2008). Et il ajoute : la spécificité de la méthode analytique, c’est de « tenir compte plus que tout autre des conditions de sa genèse et de sa mise en œuvre ».

Concernant les conditions spatiales (faut-il ou pas être obligatoirement allongé ?), il suffit de relire « Le début du traitement » (Freud, 1913), où Freud explique que le divan est un vestige de la méthode hypnotique et donne comme première raison (pas la seule mais la première) pour avoir conservé et imposé ce setting un motif personnel : il ne supportait pas d’être regardé. Il montre par ailleurs très bien la manière dont il traite le matériel hors cadre strict comme du véritable matériel : lorsque les patients « conversent », avant ou après la séance allongée, il note ce qui est dit et s’empresse de l’utiliser à la première occasion. Le matériel psychanalytique, ou qui sera travaillé psychanalytiquement, n’est donc pas seulement issu du divan.

Depuis la création de la psychanalyse « originaire », le travail auprès des psychotiques, des états limites, des familles, des groupes a démenti l’idée que la psychanalyse était réservée à la situation divan-fauteuil. À moins de considérer que toutes ces pratiques sont définitivement exclues du champ de la psychanalyse.

Un modèle qui impose un protocole formel, immuable et standard conserve-t-il l’essence de la psychanalyse, qui suppose un travail au cas par cas, au plus près de la singularité de chaque sujet, ou bien sert-il une idéalisation ? Par ailleurs, comme le dit René Roussillon, « penser qu’au sein d’un même dispositif tous les aspects de la vie psychique peuvent être abordé relève de l’utopie ou de l’idéologie, et donc d’une méconnaissance des limites inévitables de tout dispositif » (2008).

Bion disait : « Bien que la littérature psychanalytique soit vaste, l’ensemble de la vision psychanalytique est trop limité. Le spectre n’est pas assez large pour embrasser le monde de l’esprit humain » (1974-1977). Il donne plusieurs fois l’exemple d’un patient, musicien, qui n’arrivait pas à exprimer ce qu’il pensait et qui lui dit : « Si seulement vous aviez un piano, je pourrais vous le jouer ». « Si je comprenais la musique, j’aurais été tout à fait disposé à ce qu’il le fasse », ajoute Bion (1997). « Mais mon esprit était fermé, emprisonné dans des préjugés qui valorisaient une activité humaine très limitée : la parole » (1974-1977). Et Bion insiste sur le fait que le cadre psychanalytique concerne avant tout et essentiellement les conditions minimales qui permettent à l’analyste d’exercer la psychanalyse ; « C’est la seule raison pour l’introduction d’une certaine discipline » (1997). Et chaque psychanalyste doit connaître ses propres limites, doit connaître les conditions qui lui sont propres pour pouvoir mener à bien son travail de psychanalyste. Nous le verrons plus loin, les limites, les indications, ne sont pas chez le patient, elles sont toujours chez le psychanalyste.

La psychanalyse doit donc s’adapter aux contextes cliniques, s’ajuster. À moins de ne traiter que le type de patients compatibles avec les exigences de la cure-type. La « psychothérapie psychanalytique » n’est que le nom de la « psychanalyse ajustée aux patients » (Gori, 2008).

Psychanalyse et « déliaison », psychothérapie et « liaison »

Une autre manière de distinguer psychanalyse et psychothérapie consiste à dire que la psychanalyse est une méthode de « déliaison » et que les psychothérapies sont des méthodes de « liaison ». C’est notamment la position de Jean Laplanche (2007), qui ajoute que le travail psychanalytique lui-même suppose ces deux mouvements.

Dans toute psychanalyse alternent des temps d’« analyse » et des temps de « psychothérapie ». Les temps d’« analyse » proprement dite sont rares. Ils correspondent au travail de déliaison, de déstructuration. La méthode associative est en fait une méthode « associative-dissociative ». Les temps de « psychothérapie » représentent la majeure part de l’expérience et du processus psychanalytiques. Ils correspondent au travail de liaison, de reconstruction, d’« auto-historisation », d’« historisation renouvelée ». Le temps psychothérapique consiste à remettre en forme et en histoire ce que l’analyse a découvert. La psychothérapie concerne donc non pas l’« analyse » mais la « synthèse ». Et il est fait essentiellement par le patient lui-même. C’est lui le « psychothérapeute ».

La dialectique psychanalyse/psychothérapie est donc intrinsèque au travail psychanalytique lui-même. Et les psychanalyses sont de simples psychothérapies lorsqu’elles ne mobilisent que le travail d’auto-structuration, d’auto-historisation. C’est le point de vue et l’argumentation défendu par Laplanche.

Certes Freud (1918) expliquait que la psychanalyse consiste à démonter, « décomposer », tout comme le fait le chimiste avec les substances qu’il analyse. Les éléments de cette composition sont des « motions pulsionnelles » qu’il faut retrouver car elles sont responsables des symptômes. La synthèse, la « psycho-synthèse », vient ensuite du patient lui-même. Les tendances « analysées » se regroupent, se recomposent autour du moi. La psycho-synthèse s’effectue « automatiquement » et « inéluctablement ».

Cette définition de la psychothérapie réduite à un mouvement de synthèse, de structuration, de liaison, et cette conception d’une oscillation entre « analyse » et « synthèse », entre psychanalyse et psychothérapie à l’intérieur même du travail psychanalytique sont intéressantes et séduisantes. Elles vont dans le sens d’une indistinction de fond entre la psychanalyse en tant que méthode de traitement et la psychothérapie psychanalytique, point de vue que je défends.

Outre le fait que ces propositions de Laplanche disqualifient toute forme de psychothérapie « non psychanalytique », qui ne contiennent pas d’« acte psychanalytique », qui seul possède la capacité de « sonder l’inconscient » – idée que l’on peut partager si on précise bien que l’inconscient est toujours là, même si on a l’illusion de ne « travailler » qu’au niveau du conscient, et que toute forme de psychothérapie comme toute relation humaine a toujours affaire avec l’inconscient –, un point me paraît mériter discussion dans cette modélisation. Il concerne la « déliaison ». De quoi est-il question ?

Laplanche compare ce travail de déliaison au travail de la pulsion de mort. Il la compare même à la pensée psychotique qui délie, qui a du mal à lier. Ce qui lui fait poser la question de l’indication de la psychanalyse pour les états borderline et psychotiques. Ces derniers ne pourraient bénéficier que de « psychothérapies », que d’un travail de « liaison ». Et il laisse entendre que si des psychanalystes ont des résultats avec des patients psychotiques ou borderline, ils n’ont évidemment fait que de la psychothérapie, et ils se sont tellement impliqués que probablement il s’agit de cas « uniques » auxquels les thérapeutes ont consacré tout leur temps, et que s’il y a eu psychanalyse, ça ne peut être que la « part névrotique refoulée » du patient qui a été analysée, et que cette analyse précautionneuse a pu avoir un « effet d’entraînement sur l’ensemble de la personne, y compris sa part psychotique » (2007). Cela est tout à fait étonnant. Si sa représentation pouvait être jusque-là convaincante, on peut difficilement le suivre sur ce point. Il balaie d’un revers de main des années de travail de nombreux psychanalystes qui ont consacré leur vie à la psychanalyse et à la théorisation de la psychanalyse avec la psychose et les états limites.

Si on dit qu’analyser c’est « délier », de quelle déliaison s’agit-il ?

S’agit-il bien de dissocier, de délier une représentation, une angoisse, des associations qui la piègent, la maintiennent énigmatique, ou maintiennent énigmatique son pouvoir toxique, sa production de souffrance ? S’agit-il de faire ainsi afin de retrouver et traiter autrement le conflit inconscient, le désir, la motion pulsionnelle qui avait justifié sa liaison ?

Si la « liaison » consiste en une « mise en forme et en histoire », autrement dit en un travail d’appropriation, de subjectivation, de production de sens, la déliaison ci-dessus décrite a bien un effet de production de sens ? Quel rapport y a-t-il là avec la pensée psychotique ? Quel rapport qui justifierait que les sujets tourmentés par des souffrances limites ou psychotiques seraient exclus du travail possible d’approcher la complexité de leur vie émotionnelle, inconsciente ?

Conclusion

En conclusion de ce premier point, la psychanalyse, en tant que traitement de la souffrance psychique, et la psychothérapie psychanalytique désignent l’une et l’autre la même chose. L’inconscient ne se laisse pas convoquer par un expert ni en théorie, ni en technique, ni en setting, ni en indication, mais l’expert psychanalyste, où qu’il soit, va toujours tenter de le repérer, d’en repérer les logiques, les manœuvres, afin d’aider le patient à améliorer le contact avec sa propre vie subjective, émotionnelle, sa propre réalité interne, inconsciente.

Comme le dit aussi Didier Anzieu, « l’inconscient ne répond pas nécessairement aux convocations régulières d’heure et de lieu », il surgit partout, et notamment « partout où un sujet peut manifester ses angoisses, ses fantasmes, ses failles à quelqu’un supposé les entendre et apte à lui en rendre compte » (1999).

Aux fondements de la position clinique

Ce rapport psychanalyse/psychothérapie quelque peu éclairé, je vais m’intéresser maintenant à quelques fondements de la position clinique que je considère comme psychanalytique dans les pratiques de soin psychique conduites par des psychanalystes, que ce soit dans des cures-types, dans des dispositifs aménagés ou dans des dispositifs spécifiques. Qu’est-ce qui caractérise, identifie, préside le travail, l’observation, l’écoute, la parole du psychanalyste tel que je me le représente ? Qu’est-ce qui fait qu’une pratique psychothérapique est psychanalytique ?

Je n’insiste pas sur les points évidents (même si les évidences méritent toujours d’être questionnées) : l’objet du psychanalyste est la réalité psychique, l’inconscient, l’infantile, dans leurs différentes manifestations ; son travail consiste, pour une part, en la prise en compte et l’analyse des phénomènes transférentiels.

Voyons quelques autres principes au fondement de la position clinique psychanalytique, quel que soit le contexte praxique du psychanalyste.

L’intersubjectivité comme lieu de l’analyse

Tout d’abord le lieu de l’analyse. L’idée s’impose de plus en plus, me semble-t-il, que le travail d’exploration psychanalytique concerne essentiellement un lieu topique que l’on peut désigner comme « intersubjectif ».

On doit un tel modèle intersubjectif du soin psychanalytique en particulier à Bion (mais aussi à ses successeurs et à d’autres encore). Son modèle de la fonction alpha (1962ab), élaboré d’abord pour rendre compte des processus de naissance et de développement de la pensée, est un modèle profondément intersubjectif.

« Examinez la césure, disait Bion, non pas l’analyste et l’analysant, l’inconscient et le conscient, la santé mentale et la folie, mais la césure, le lien, la synapse […] » (1975).

« La relation entre deux personnes est une affaire à double sens, et, pour autant qu’on se soucie d’en rendre compte, le problème n’est pas de discourir sur l’analyste et sur l’analysant, mais de se référer à quelque chose qui se trouve entre ces deux personnes » (1978).

L’attention est toujours portée à ce point de contact, de rencontre, et l’analyse concerne la rencontre elle-même : « Il n’y a pas de sémiologie et de psychanalyse du patient, il y a une sémiologie et une psychanalyse de la rencontre », comme le dit aussi Salomon Resnik (1999), élève de Bion – un de ses livres s’intitule d’ailleurs Sémiologie de la rencontre.

Le travail de soin est ainsi un co-travail, une co-construction. Le patient est un collaborateur, c’est même le seul vrai collaborateur, disait Bion (1980, 1983), car lui seul sait ce que cela signifie d’être lui-même, comment on se sent quand on a des idées comme les siennes. C’est donc le seul vrai allié. Bien sûr, c’est par définition un collaborateur bien peu fiable. Plus il est empêtré dans la psychose et moins il pourra aider son analyste. Mais un patient plus limite, plus névrotique, pourra aider le thérapeute, corriger une interprétation approximative, lui permettre d’être « à côté de la plaque », il va même « lui remettre les plaques là où il faut », disait Bion (1978).

Ce modèle intersubjectif, avec le principe de la fonction alpha, soutient l’idée que le cœur du travail de soin, de ce qui soigne dans le soin, est le travail de contenance et de transformation (Ciccone, 2012). Ce qui soigne n’est pas seulement de voir l’inconscient dévoilé, mais de penser ce qui n’a jamais pu être pensé. Ce qui dans l’analyse et chez l’analyste soigne le patient, c’est la capacité à contenir et transformer les émotions, les pensées que le moi du patient ne peut tolérer et penser tout seul.

C’est la psychanalyse des enfants, mais aussi des patients psychotiques, borderline, qui est à l’origine d’une telle mutation dans la théorie de la pratique.

Le cadre interne

La position clinique s’appuie avant tout sur un cadre interne, et non pas sur le cadre externe. C’est ce qui fait la différence entre « être psychanalyste » et « faire le psychanalyste ».

L’intériorisation de la posture clinique suppose d’être soi-même sans chercher à imiter un autre. « Développez votre propre style », dit Salomon Resnik (1999, 2005), par exemple. Chercher à imiter un autre conduit à l’imposture. Bion (1983) insistait sur la nécessité qu’il y a pour l’analyste – mais on peut dire cela de tout soignant – d’oser penser et sentir ce qu’il pense et ce qu’il sent, quel que soit l’avis de sa société, de ses collègues, et quel que soit son propre avis sur ce que lui-même pense.

Ce n’est pas la praxis, le cadre, le dispositif, qui fait qu’on est psychanalyste. C’est la position subjective interne, qui va permettre l’écoute, la rencontre.

Une telle position apparaît avec plus d’évidence dans les pratiques limites, extrêmes, hors les cadres orthodoxes. Ces pratiques obligent à repenser les théories du soin, et obligent à construire avec beaucoup de rigueur un cadre interne, d’autant plus si le cadre externe est mouvant, peu fiable.

Le travail de pensée

Le travail de pensée caractérise la pratique clinique. Mais la parole n’est pas le représentant exclusif du travail de pensée.

On oppose souvent l’acte à la pensée. La pensée est noble, l’acte est disqualifié. En fait, l’acte n’est pas opposable à la pensée. La question qui se pose est celle de savoir comment l’acte est réalisé. Il y a des manières d’agir qui produisent de la pensée, et des manières d’agir qui évitent la pensée.

Il en est de même pour la parole : la parole peut soutenir une activité de symbolisation ou bien empêcher la symbolisation. La parole peut construire des pensées, transmettre des pensées ; elle peut tout aussi bien n’être qu’un acte visant à évacuer des non-pensées, à se débarrasser d’un embarras.

De ce fait une activité de soin psychique ne suppose pas une stricte abstinence corporelle au profit d’une relation de parole. La psychanalyse des enfants, comme celle des patients psychotiques ou borderline, ne peut pas promouvoir une absence totale d’interaction comportementale : le psychanalyste s’engage corporellement dans la relation, dans les interactions, dans les jeux, même s’il le fait avec circonspection et réflexion. L’activité de soin psychique suppose le maintien d’une activité de pensée quelle que soit la forme praxique de la pratique.

L’engagement, l’implication

La pratique et la position cliniques supposent et reposent sur l’engagement, l’implication.

Je reprends la distinction que souligne Dominique Thouret (2004), se référant à Maldiney, entre l’« implication » et l’« explication ». S’im-pliquer c’est être dans le pli, dans le rythme de l’autre. Ex-pliquer c’est être hors du pli, hors de la rencontre. Seule l’implication permet de comprendre, et un sujet qui ne se sent pas compris d’un autre ne peut pas en apprendre quelque chose. On ne peut rien apprendre de quelqu’un qui ne nous comprend pas, même s’il sait très bien tout nous expliquer.

L’élaboration du contre-transfert

Il est classique de dire que le travail clinique repose sur l’élaboration du contre-transfert.

Pour certains, le contre-transfert concerne des éprouvés du clinicien qui font obstacle au travail clinique. Il est donc nécessaire de l’analyser pour le maîtriser et l’empêcher de troubler la relation thérapeutique. Pour d’autres, le contre-transfert est composé en partie de projections du patient. Il est alors un précieux outil d’analyse qui renseigne sur la subjectivité du patient, et il convient de l’analyser pour s’approcher des éléments subjectifs non représentables par le patient lui-même.

Dans les deux cas, s’impose la nécessité de neutraliser ce qui de soi s’interpose entre soi et l’autre et empêche la rencontre, la compréhension. C’est cela la « neutralité bienveillante ».

Et dans l’expression « neutralité bienveillante », c’est le terme « bienveillante » qui est important. Il ne s’agit pas d’être neutre au sens d’« indifférent » et « impartial ». La « neutralité » concerne simplement la nécessité de neutraliser les éléments contre- transférentiels qui font obstacle à la rencontre. Mais la présence et la position d’écoute se doivent d’être actives et bienveillantes.

Il est donc nécessaire, et difficile, de faire le tri entre ce qui concerne le patient et ce qui concerne le soignant. Tout ce travail de tri, de discernement, est difficile à faire car le patient ne projette jamais « en l’air », comme le dit Freud (1922). Il faut que l’analyste examine et reconnaisse la manière dont se produisent les éprouvés, les affects contre-transférentiels. Il n’y a que de cette façon, comme le souligne Winnicott à propos de la haine dans le contre-transfert, qu’on peut « espérer éviter que la thérapie soit adaptée aux besoins du thérapeute plutôt qu’aux besoins du patient » (1947).

On peut parfois répondre, interpréter moins en fonction des besoins du patient qu’en réaction à ce qu’il vient de provoquer, pour faire taire, apaiser, soulager ce que le patient dépose en nous, provoque en nous.

Les manques d’élaboration contre-transférentielle sont ainsi susceptibles de produire de la violence dans le soin, soit parce que le thérapeute exerce inconsciemment une rétorsion, soit parce qu’il est inconsciemment en attente et en demande devant le patient (Rosenfeld, 1987 ; Ciccone, 2014).

Tout ce qui vient du patient est du matériel

Autre principe de l’écoute clinique : tout ce que le patient montre ou dit parle de lui.

On ne va pas écouter seulement ce que dit le patient, on va toujours écouter ce qui, dans ce qu’il dit, parle de lui, en quoi ce qu’il apporte dans la séance – quel que soit le matériel, quel que soit ce dont il parle – parle de lui, et est adressé au soignant.

En ce sens, tout est toujours du matériel. Le matériel, quel qu’il soit, n’est jamais mauvais, ne doit jamais être disqualifié. Le patient peut apporter ce qu’il veut, c’est notre écoute qui va l’organiser comme matériel, car elle va se centrer sur, elle va écouter ce qui parle du sujet. Par exemple, si un patient parle de la météo, on écoutera en quoi son discours parle de sa climatologie interne. Si un patient a affronté une intense circulation et dit : « C’est dangereux de venir chez vous ! », il ne parle pas uniquement de la circulation, il parle du danger qu’il y a à s’approcher de son monde interne, et à livrer ses fantasmes à son psychanalyste.

Ainsi, le travail interprétatif consistera-t-il pour une grande part à métaphoriser le matériel. Ce que dit ou montre un patient est à entendre comme une métaphore de ses éprouvés subjectifs, émotionnels de l’instant, et ce que l’analyste traduira et restituera répondra à la tentative de métaphoriser ce matériel, ces expressions.

La mise en suspens du savoir

Il est classique de dire que la position d’écoute clinique doit suspendre tout savoir. Chaque fois qu’on a un savoir sur l’autre, on lui fait violence, on ne l’écoute pas.

On peut dire que la position d’écoute suppose un retournement de la position de savant ou d’expert. L’expert n’est pas le thérapeute mais le patient. C’est lui qui a les réponses à ses questions, mais il ne sait pas qu’il les a. Le travail clinique consiste à accompagner le patient dans la trouvaille ou la construction de ses propres réponses.

Le savoir mis en suspens concerne aussi tout savoir théorique, tout savoir convenu. Bion (1983) disait que lorsque nous formulons une idée ou que nous élaborons une théorie nous produisons simultanément de la matière calcaire, nous nous calcifions. On peut dire que lorsque les pensées sont systématisées, elles deviennent une prison plus qu’une force libératrice. C’est pourquoi Bion prônait une attitude qu’il définissait comme « sans désir et sans mémoire ». Il faut pouvoir rencontrer chaque fois le patient comme si c’était la première fois qu’on le voyait, et oublier nos théories, faire taire nos attentes. Les hypothèses, les théories sur les maladies mentales, sur les déficiences, sur les troubles, peuvent faire tellement de bruit qu’on n’entend plus ce que disent le corps et le psychisme du patient.

L’humilité, le doute

La position clinique est une position d’humilité et de doute.

Le terme clinique fait référence à la maladie, à l’approche du sujet au chevet de son lit, car c’est un sujet « incliné », en position de fragilité (le verbe klino en grec signifie « changer de position, incliner, coucher, appuyer une chose contre une autre »). Mais la position « inclinée » est aussi et surtout celle du clinicien lui-même. Le clinicien qui se penche sur le sujet en souffrance s’approche de sa subjectivité, et qui se trouve de ce fait dans une position d’humilité, et aussi d’instabilité, d’inconfort. Ce qui me conduit à dire que la position clinique est d’abord une position d’humilité.

Cela est vrai d’ailleurs pour tout savant, tout scientifique, tout chercheur, tout expert. Ce que connaît d’abord et avant tout un expert, un savant, un scientifique quel qu’il soit, c’est l’étendue de son ignorance. La position clinique est donc une position de doute, d’incertitude.

Un éminent professeur d’éthique (Emmanuel Hirsch) définit l’éthique comme la « culture du doute ». Eh bien on peut dire que la position clinique est une position éthique. Bion (1974-1977) d’ailleurs définissait l’attitude psychanalytique comme une attitude de doute philosophique.

Les indications

Il n’y a jamais de contre-indication de soin psychanalytique.

Ce sont les hypothèses, les théories préétablies, les certitudes et savoirs préconçus qui conduisent aussi à considérer qu’il y aurait des contre-indications à la psychanalyse ou à la psychothérapie psychanalytique en tant que « psychanalyse ajustée ». Je défends pour ma part l’idée qu’il n’y a jamais de contre-indication, pas plus que d’indication pour un soin psychanalytique. Tout le monde est une indication dans la mesure où tout le monde mérite que quelqu’un s’intéresse à sa vie mentale, à sa subjectivité, à sa souffrance psychique. Tous les psychanalystes ne sont évidemment pas destinés à aider tout le monde. Chacun a parfaitement le droit de n’être intéressé, de n’être compétent que pour certains contextes et pas d’autres. Mais cela ne signifie pas qu’un sujet n’est pas une indication, il n’est pas une indication pour untel, mais il est toujours une indication de psychanalyse, ajustée à sa problématique. Aucun patient n’est jamais une indication en soi, il est toujours une indication pour quelqu’un. Il n’y a pas d’indication en soi, indépendante du soignant censé dispenser le soin.

Il ne peut par ailleurs y avoir d’indication de soin en soi, indépendamment du dispositif dans lequel évolue le praticien, le soignant prêt à s’engager dans le soin. Un enfant n’est jamais, par exemple, une indication de thérapie individuelle, de thérapie de groupe, de thérapie familiale. Il est une indication pour tel thérapeute qui est à son aise par exemple dans un contexte de thérapie familiale, et qui rendra bien plus service à l’enfant dans ce cadre-là que dans un dispositif de psychothérapie individuelle. Et l’enfant pourra par contre être bien plus aidé dans un cadre de thérapie individuelle si le soignant prêt à s’engager ne supporte pas d’être face à un groupe d’enfants ou à un groupe familial, mais est au mieux de ses performances dans un travail individuel. L’« ajustement » concerne ainsi à la fois la problématique du patient et les limites du praticien.

Par ailleurs, concernant tout soin qui repose sur un engagement authentique du soignant, avec la responsabilité que suppose un tel engagement, je défends l’idée que personne d’autre que le soignant lui-même ne peut poser une indication, car personne d’autre que lui ne peut dire s’il est prêt ou pas à s’engager avec tel patient, telle famille, tel groupe. L’indication, la prescription, ne peut donc être au bout du compte véritablement faite que par celui qui réalisera le soin, et pas par un autre.

Voilà quelques principes (il y en a d’autres évidemment) qui caractérisent, pour moi, le « psychanalytique » des psychothérapies, quelle qu’en soit la forme, cure-type ou dispositifs autres.

Question à Albert Ciccone par Catherine Petit

Monsieur Ciccone,
 merci !

Merci pour votre implication et le sort « cruel » que vous réservez aux explications ; quand même cela fait du bien un peu de cruauté juste bien dosée.
Un peu comme le piment qui peut être ajouté à la sauce, pour la relever…

Merci aussi pour ce vieux mot, ce très vieux mot, d’humilité, que vous exhumez si je puis dire. Vous l’installez, « aux fondements de la position clinique », pas moins que cela.

« La servante au grand cœur, dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse… »
Pour ma part, vous me faites remonter à Baudelaire, comme cela, d’un seul coup…

La servante au grand cœur… En un seul vers, parvenir à ressusciter ces mères de l’ombre qui ne sont mentionnées dans aucun génogramme… et éclairer ce qui les a fait disparaître également de la mémoire.
C’est quand même époustouflant.
Et quand même, quand elles ressurgissent dans le travail clinique, ces servantes au grand cœur et autres nourrices oubliées, méconnues, cela s’avère à chaque fois un moment fécond, chargé d’émotions complexes, bien sûr…

Voici que je me laisse aller… Mais c’était pour vous remercier…

Ensuite je voulais, avant d’avoir reçu votre texte – et je voudrais toujours – vous entraîner sur le frêle esquif du jeu, du dispositif du jeu. Je sais que c’est un terrain sur lequel vous avez du savoir-faire et du savoir-dire…
Je pense même que c’est sur ce terrain que vous posez vos fondements d’une position clinique…

J’ai rencontré très récemment, dans mes chemins de lecture, un livre intitulé Objet transitionnel et objet lien – Regards croisés, un ouvrage collectif et transdisciplinaire de l’UCL. Ce livre se penche sur le monde de la petite enfance ; il part des crèches, des histoires de doudous, de la tragédie des doudous perdus, des doudous oubliés, des doudous en lambeaux, des doudous qu’on lave, qu’on ne lave pas… Et puis, partant de cet univers bien concret, il aborde la question des « aires d’illusion » nécessaires, de la création de ces aires, de leur caractère sacré…

La création de ces espaces est attribuée à la « fonction maternelle » (qu’elle soit assurée par la mère ou par une servante au grand cœur ou comme on le dira aujourd’hui, un ou une accueillante de la petite enfance, ou éducateur, ou thérapeute…) : espaces ludiques, espaces potentiels dans lesquels viennent prendre place également les phénomènes culturels, qui peuvent être pris comme des formes de « jeux d’adultes ».

Dans cet ouvrage, Elisabeth Volckrick, une chercheuse en communication, réalisatrice de films, bien connue de nos milieux analytiques, commentait une thèse de doctorat d’Etienne Belin, « Une sociologie des espaces potentiels. Télévision dispositive et expérience ordinaire ».
Et voici ce que j’ai prélevé de son propos, dans l’intention de vous y faire réagir :

« Qu’il s’agisse de réalité virtuelle, de renouveau charismatique, de parcs d’attractions, de dispositifs thérapeutiques, de chorégraphies profanes, ou encore de soap-operas, quantité de formes très actuelles nous paraissent relever non d’une dé-symbolisation qui remettrait en question le sujet moderne, mais plutôt du rétablissement des conditions fondamentales et concrètes de la sécurité que tend à négliger l’approche critique ».

« Les conditions fondamentales et concrètes de la sécurité ».
La création d’aires d’illusion, d’espaces ludiques, de dispositifs thérapeutiques, dont nous parleront dans notre deuxième partie Anne Françoise Dahin, le Dr. Lily De Vooght, Didier Robin, Freek d’Hooghe, n’ont-ils pas un lien direct avec cette question « des conditions fondamentales et concrètes de la sécurité » ?

Comme une attention à laquelle sont bien évidemment rompus les accueillants de la petite enfance, mais dont la thématique pourrait alors s’étendre au champ des dispositifs thérapeutiques « adultes ».

En bref Monsieur Ciccone, pensez-vous que le jeu mériterait l’appellation « autre voie royale d’accès à l’inconscient » ?

Discussion avec Albert Ciccone par  Fons Van Coillie*

C’est au départ d’un puissant engagement clinique et psychanalytique que s’exprime et qu’écrit notre collègue Ciccone. Il a défendu l’idée qu’il n’y a pas de différence entre thérapie psychanalytique et psychanalyse. Je ne suis pas d’accord. Entre une analyse classique et une thérapie analytique je vois une sérieuse différence, une différence importante.

Un des arguments de Ciccone, c’est qu’on ne peut pas donner une définition de l’analyse classique à laquelle souscriraient tous les analystes. C’est vrai, mais ce n’est pas parce qu’on ne peut pas définir un concept de façon incontestable qu’il faut immédiatement rejeter ce concept. Qu’est la littérature, qu’est la métaphysique, qu’est la culture, qu’est une plaisanterie ? Aucun de ces termes ne peut se définir de manière univoque et pourtant nous continuons à les utiliser avec raison.

À l’encontre de la distinction entre thérapie psychanalytique (que je nommerai dorénavant « thérapie ») et l’analyse classique (dite « analyse »), Ciccone invoque aussi le fait qu’entre elles il n’y a pas de ligne de démarcation nette. Là encore, il a raison mais ce n’est pas parce que, entre les deux, le passage est fluide et graduel qu’il n’y a plus de différence. Faites la comparaison avec la distinction entre normal et pathologique. Malgré le passage graduel entre les deux, même les analystes trouvent que certaines personnes sont folles et d’autres plus ou moins normales, quand bien même cette dernière qualité est encore plus difficile à définir que l’analyse.

Ce qui nous ramène au problème de la définition de l’analyse. Ciccone nous rappelle que la psychanalyse est née lorsque Freud a abandonné la suggestion au profit de l’association libre. Partant de ces deux ingrédients fondamentaux, je définis l’analyse comme étant un processus de libre association mené par l’analysant et rendu possible par l’attitude non suggestive de l’analyste.

Pour déterminer plus avant ce qu’est l’analyse, je fais également appel à l’assertion de Freud selon laquelle le terme « psychanalyse » renvoie à 3 choses : le traitement, la (méthode) de recherche et la théorie. En fait, les deux premières, la recherche et la thérapie, coïncident : la recherche mène au résultat thérapeutique et on tente d’obtenir le résultat thérapeutique exclusivement par la recherche analytique.

Je ne fais là qu’esquisser une image très classique de l’analyse qui, selon certains, est dépassée. Ciccone fait par exemple référence à Bion, qui met l’accent sur l’intersubjectivité dans l’analyse, sur la collaboration ; Bion ajoute cependant qu’en fait il n’y a qu’un authentique collaborateur, à savoir l’analysant. C’est tout de même une sorte de collaboration étrange. L’analyse est effectivement une affaire singulière qui n’est possible que par un rapport intersubjectif très artificiel et asymétrique. Parler librement, allongé, à un inconnu assis derrière soi : peut-on imaginer quelque chose qui soit aussi peu naturel ? De plus, ce n’est même pas juste que l’analysant peut parler librement : ce n’est pas lui mais ses associations qui acquièrent la liberté et il doit s’y soumettre, souvent à son grand embarras. Mais c’est bien ainsi que l’unicité de l’analyse classique est rendue possible.

Mon plaidoyer pour l’analyse et pour la reconnaissance de son unicité ne signifie pas que je considère l’analyse comme l’or thérapeutique et la thérapie seulement comme du vil cuivre. Au contraire, pour la plupart des patients, l’analyse n’est pas la thérapie indiquée. L’analyse exige une forte dose d’autonomie et par ailleurs il faut que la souffrance du patient ne soit pas trop importante, de sorte que l’on puisse se détacher suffisamment de la focalisation sur un résultat thérapeutique. Dès lors, une thérapie qui utilise aussi d’autres moyens thérapeutiques – dont, entre autres, les soi-disant « facteurs non spécifiques » qui, d’après les recherches, sont d’importance capitale pour le résultat thérapeutique – semble plus profitable pour la plupart des patients. Un thérapeute est bien plus présent qu’un analyste qui se tient davantage à l’arrière-plan. Le thérapeute manifeste plus de compréhension, il soutient son patient de façon plus active et cherche parfois des solutions avec lui, etc. À côté de cela, le thérapeute utilise souvent d’autres techniques dont on peut se demander si elles sont encore compatibles avec la démarche analytique – un problème qui sera abordé de manière plus exhaustive cet après-midi.

Une thérapie est donc autre chose qu’une forme simplifiée d’analyse classique. Elle n’est pas moins qu’une analyse, elle est même plus, parce qu’elle utilise davantage de techniques thérapeutiques et qu’elle peut atteindre davantage de patients. La différence entre analyse et thérapie se voit aussi confirmée par la recherche. Il semble que des analystes qui obtiennent de bons résultats avec leurs analyses classiques sont parfois de bien piètres thérapeutes. Intuitivement, les patients sentent fort bien la différence entre thérapie et analyse. Après bien des années de thérapie, une patiente m’a surpris par sa décision de s’allonger. Elle a été ensuite très satisfaite d’avoir fait le pas et elle trouvait que cela faisait une grande différence. Cette grande différence se laisse également sentir en sens inverse. Il arrive souvent qu’un certain temps après leur analyse, des patients souhaitent parler à nouveau à quelqu’un mais ne veulent en aucun cas entendre encore parler d’une analyse. Ils veulent à présent un thérapeute qu’ils peuvent voir et qui réagit.

J’essaie de continuer à approfondir la distinction entre thérapie et analyse. Un collègue m’a dit un jour : « Au moment où l’on parvient vraiment à associer librement, l’analyse peut s’arrêter en fin de compte ». A quoi, par une heureuse inspiration, je lui répondis : « Non, la thérapie peut alors s’arrêter et l’analyse commencer ».

Par elle-même, une thérapie est finie, une analyse est infinie. On arrête une thérapie soit parce qu’on a plus ou moins atteint le but visé, soit parce qu’il semble qu’on ne l’atteindra jamais de cette façon. Une analyse est infinie, tout comme une recherche fondamentale scientifique est infinie. Je ne connais aucune bonne raison d’arrêter une analyse et je connais une très bonne raison de ne pas l’arrêter aussi longtemps que l’on exerce comme thérapeute ou analyste. Tout comme la recherche scientifique, une recherche analytique ne peut être menée que par un esprit critique sans préjugé. Mais l’ouverture analytique est beaucoup plus difficile à garantir que la scientifique. Maintenir l’inconscient ouvert est un travail de Sisyphe : chaque fois, il faut reprendre à nouveau la lutte contre la séduction de toutes les formes possibles de suggestion. La supervision, l’intervision, la réflexion et la discussion théorique ne sont que des aides limitées. Le véritable travail analytique a lieu dans l’analyse personnelle.

Suis-je ainsi en train de dire que l’analyse est tout de même l’or pur ? Oui, du point de vue de la recherche analytique, l’analyse est l’or, mais pas en ce qui concerne la thérapie. L’analyse sans fin, l’examen poursuivi de l’inconscient continue aussi à fournir un bénéfice thérapeutique – l’analyse est bonne pour la pression artérielle et l’humeur – mais l’importance, l’intérêt des résultats d’une analyse menée la vie durant est difficile à estimer. Les résultats de ma propre analyse ne sont pas impressionnants, mais je me console par la constatation que ce n’est pas beaucoup mieux chez les autres. Je trouve pourtant qu’être en analyse est extrêmement important pour maintenir une vigilance analytique pointue. Le mauvais exemple d’un Freud autoritaire en train de suggérer et d’argumenter montre surtout combien il est difficile de conserver la neutralité analytique. C’est pourquoi une longue analyse est la base indispensable au travail analytique. Et, en un certain sens, cela vaut plus encore pour le thérapeute analytique que pour l’analyste car, du thérapeute, l’on attend davantage un apport et de la créativité et il lui est dès lors bien plus difficile de ne pas être suggestif que quand on doit intervenir à peine.

Je résume : la thérapie et l’analyse ne sont pas identiques. On peut comparer leur rapport à celui qui existe entre recherche scientifique appliquée et recherche scientifique fondamentale. La recherche appliquée tente de trouver des solutions à des problèmes concrets, la recherche fondamentale vise exclusivement à érafler les mystères de l’univers ou de l’inconscient. Une telle recherche n’est pas immédiatement utile mais, en fin de compte, son importance est tout de même fondamentale.

** Traduit du néerlandais par Ria Walgraffe-Vanden Broucke. Traduction relue par l’auteur.

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