2020-2021: Psychanalyse et spiritualité

Agnès Bressolette (EBP), Anne Verougstraete (EBP), Guy Ruelle (Eab)

Sur le tard je me découvre une âme. Non que j’ignorais son existence, mais je ne sentais pas sa réalité. S’ajoute à cela le fait que, autour de moi, personne ne prononçait plus ce mot. Cependant, à force de vivre, de me délester de pas mal de choses, s’impose à moi cette entité irréductible, à la fois intangible et charnellement réelle. Elle m’habite au centre et ne me lâche plus.

François Cheng, De l’âme

Pendant longtemps l’occident est resté habité par la pensée grecque du dualisme de séparation corps-âme. Dans son article Traitement d’âme (1890) Freud décrit l’intrication entre corps et psyché et prend distance avec ce dualisme. Il montre l’importance des forces psychiques dans la maladie et dans la guérison grâce, pour cette dernière, à la « magie » du mot et du lien avec le médecin. Pour Freud, « rien n’oblige à faire appel à des forces autres que psychiques » si bien qu’il débute son article par cette affirmation : « Psyché est un mot grec que l’on traduit par âme (Seele). Traitement psychique veut dire par conséquent traitement d’âme ».

Poser l’équivalence entre psychique et âme est-elle si évidente lorsque die Seele en allemand contient deux significations et que le français utilise deux mots distincts : psychisme et âme ? L’âme dérive du latin animaqui désigne le souffle vital. En néerlandais, ziel signifie « âme » et bezielen comme en français « animer ». La double acception du mot Seele serait-elle une piste pour ouvrir l’écoute analytique et entendre le psychique et l’âme à l’œuvre simultanément et dans leur nature spécifique, sans les opposer ou les réduire l’une à l’autre ? Quel chemin et quelle écoute peuvent se frayer dans cet entre-deux ? Qu’a-t-on perdu dans le fait que « personne ne prononçait plus ce mot ? »

L’âme ouvre à la dimension de la spiritualité au sens large. Cette dimension habite la psychanalyse depuis toujours comme en témoignent par exemple les trente années d’échange épistolaire de Freud avec le pasteur Pfister, la correspondance avec Romain Rolland sur le sentiment océanique, la rupture avec Jung, les échanges avec Lou Andreas-Salomé insistant sur la puissance de la vie et de l’Eros illimité, notions que Freud n’a pas rejetées, etc. Les psychanalystes qui ont abordé les questions entre psychanalyse et spiritualité – à ne pas confondre avec le religieux –, sont très nombreux. Sans être exhaustif, on peut citer : Louis Beirnaert, Michel de Certeau, Marc Oraison, Maurice Bellet, Albert Plé, Jacques Pohier, François Roustang, Denis Vasse, Françoise Dolto, Marie Balmary, Laurent Lemoine, Macha Chmakoff, Dominique Gauch,… sans oublier Antoine Vergote, un des fondateurs de l’École Belge de Psychanalyse.

Oser proposer un séminaire sur ce thème semble folie tant le sujet est vaste, controversé, complexe et paradoxalement largement travaillé. Pourquoi alors vouloir néanmoins se pencher à nouveau sur cette question ?

D’abord parce que la clinique nous interpelle sur ce point que ce soient les patients ou le social et qu’ouvrir notre écoute à cette dimension répond à une nécessité. La thématique de la spiritualité semble difficile à aborder entre collègues psychanalystes. Se pose aussi la question des limites, jusqu’où se déploie la psychanalyse ? Transcendance et inconscient ont-ils des points de rencontre ? Une psychanalyse peut-elle être spirituelle ? Beaucoup de questions.

Ce séminaire propose une démarche pas à pas à partir de notre pratique clinique éclairée par des lectures. Après avoir clarifié les termes, nous débuterons le séminaire avec le livre de Marie Balmary Freud jusqu’à Dieu (2010) pour poursuivre avec celui de Dominique Gauch Entre rêve et foi où se tient le sujet du désir ?(Erès 2017) pour ensuite choisir ensemble d’autres références en lien avec le cheminement du groupe de travail.

Le séminaire est ouvert à des cliniciens de l’École Belge de Psychanalyse ou d’ailleurs ayant une pratique clinique et intéressés par cette question.

Nombre de participants : ouvert à 9 personnes.

Quand : le 1er mercredi des mois d’octobre, décembre 2020, janvier, février, mars, mai, juin 2021 de 20h15 à 22h. Début du séminaire le mercredi 7 octobre 2020.

Lieu : Watermael-Boitsfort

Contacts : Agnès Bressolette, 0497 829359, agnes.bressolette@hotmail.com (EBP); Anne Verougstraete, 0478 304609, anne.verougstraete@skynet.be (EBP), Guy Ruelle (0476 291576, fg.ruelle@gmail.com (membre adhérent Espace analytique).

 

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